19. Le fort de Malonne

Construit entre 1888 et 1891, le fort de Malonne était un des neuf éléments de la Position Fortifiée de Namur. Ce dispositif fut mis en place par le parlement belge à l’initiative du général Henri-Alexis Brialmont pour former avec Liège et Anvers un réduit défensif du territoire. C’est un petit fort quadrangulaire en béton. Tapi au sommet du bois de la Vecquée, à 195 mètres d’altitude, entre la vallée de la Sambre et le vallon des Ritènes, il est distant de 4700 mètres de celui de Suarlée et 4000 mètres de Wépion Saint-Héribert.

Sa construction nécessita de grands moyens : un chemin de fer aérien long d’un kilomètre achemina les matériaux depuis la gare de Flawinne.

Un fossé profond ceinture un massif central où étaient placés une douzaine de canons d’une portée maximale de huit kilomètres, sous des coupoles métalliques.

En août 1914, Malonne se rendit sans combattre. Effrayée par la surpuissance de l’artillerie allemande, sa garnison l’abandonna le 23 et le lendemain, les quatre officiers et les neuf hommes toujours présents laissèrent les lieux à une patrouille ennemie de reconnaissance. La propagande allemande glorifia cette prise et son héros, Otto von der Linde, comme le montre la carte postale ci-dessous.

Dès 1916, les Allemands remirent le fort en état, comme ils le firent pour les autres éléments de la Position Fortifiée. Ils souhaitaient faire de Namur une place de repli, au cas où la ligne de front devrait reculer. Après l’armistice de 1918, l’armée belge, dans un premier temps, le laissa à l’abandon ; ce n’est qu’à partir de 1930, vu la nouvelle montée de la tension internationale, que son réarmement fut décidé, tout comme six autres forts namurois: Suarlée, Marchovelette, Maizeret, Andoy, Dave et Wépion-Saint-Héribert.

Cette modernisation inclut la construction d’une tour d’aération, à l’écart dans le bois, reliée par une galerie souterraine. Car, lors de l’attaque de 1914, un des drames imprévus pour les occupants des forts fut le manque d’air. À Marchovelette notamment, dès que des obus tombèrent et explosèrent sur l’édifice, les soldats enfermés dans les galeries se mirent à suffoquer.

On améliora aussi les communications téléphoniques, par la construction d’un central bétonné éloigné mais relié par câble souterrain (il existe toujours).

Enfin, on construisit dans l’intervalle entre chaque fort une série de bunkers avec mitrailleuse et de postes d’observation. La plupart sont toujours présents.

Bombardé dès le 15 août 1940 – cinq soldats furent tués –, le fort résista jusqu’au 21. Il est depuis lors silencieux, transformé en réserve naturelle domaniale.

Texte Jean-François Pacco